Lundi 9 novembre 2009

http://www.galerie-les-tournesols.fr/oeuvres/ceytaire/ceytaire-1.jpgPourquoi un livre sur « Les religions face aux femmes » ?  Arianne Buisset

Ce livre, qui m'a demande un travail considérable, est né d'expériences diverses. Adolescente, en lisant la Bible, je remarquais que la femme y apparaissait comme un être inferieur, une servante, voire une pécheresse responsable de la Chute. Pire encore, elle était généralement absente et passée sous silence. Très intéressée par le MLF, à quinze ans, (surtout a quinze ans !) il m'était impossible d'adhérer à un tel tableau. Par ailleurs, dans ma famille, bien que mes parents aient affirmé leur égalitarisme, je devais accomplir toutes sortes de travaux ménagers dont mon frère était exempt, et je n'avais pas le droit de sortir comme lui. Comme j'étais la première de la classe et lui un cancre, ses privilèges me semblaient immérités !

 

Découvrant peu à peu d'autres religions, je constatais que toutes étaient plus ou moins misogynes. Des qu'on sortait des mythes (de la Vierge ou des déesses vivant dans les cieux), les femmes réelles étaient traitées comme des sottes, des objets sexuels dangereux, et même comme le mal absolu. Des objets sexuels dangereux ? Ca alors ! Qui était enlevée, prostituée et violée ? Quels sévices sexuels les femmes faisaient-elles subir aux hommes (pourtant visiblement morts de peur) ? Et que dire de toutes les guerres qu'ils avaient décidées seuls, votées seuls et accomplies seuls ? Une preuve de leur supériorité morale ? De leur intelligence incomparable ? Dans les textes sacrés, cet échec était tu ou habillé de grandes phrases (guerre sainte, croisade, amour du vrai Dieu). Mieux encore, on l'attribuait généralement à l'humanité dans son ensemble. Joli tour de passe-passe !

http://blog.auxquatrecoinsduglobe.fr/IMG/jpg/INDE2006-856blog.jpgLes hommes, étant seuls à écrire, s'acharnaient sur les défauts « féminins » (réels ou fantasmés) et se gardaient bien de relever, qu'en tant que groupe, ils entretenaient de fausses valeurs, manquaient de patience et de compassion, mettaient leur honneur au mauvais endroit, ne savaient pas gérer leurs émotions, cherchaient d'abord à savoir qui était le plus fort au lieu de s'atteler aux vrais problèmes et n'imaginaient que des rapports dominant-dominé.

Ceci ne signifiait pas qu'il n'y avait pas de femmes parfois plus violentes que des hommes, ou d'hommes parfois plus doux que des femmes, mais simplement que, dans leur ensemble, les hommes avaient plutôt tendance à tuer et à sombrer dans la délinquance (a brûler des voitures, par exemple). Pendant que les femmes étaient tuées et subissaient les humiliations en silence.

Dans les religions comme dans la société, il me semblait que la violence n'était pas assez citée comme étant le mal absolu et comme un mal plutôt masculin. Or comment remédier à un désastre camouflé en supériorité, dont l'origine n'est pas cernée avec justesse ? Qu'il s'agisse d'un problème de nature ou de culture, autrement dit de testostérone ou d'éducation ratée, peu importait. Pour moi, la violence masculine était LE problème à traiter en priorité, pour faire progresser moralement l'humanité et assurer sa survie...

Or je voyais que, depuis quatre mille ans, les femmes, écartées du culte et de la politique, mineures légales, économiquement dépendante et désarmées, se contentaient d'attendre le retour des guerriers et de soigner les blessés. La parole leur avait été confisquée, sous prétexte de leur imbécillité ou de l'impureté de leurs règles. Au milieu des pires conflits, elles devaient se contenter de tendre les bras vers le ciel et de pleurer au milieu des décombres.

A côté de la guerre, les maux attribues aux femmes me semblaient être bénins (coquetterie, bavardage, jalousie), mythiques, comme le péché attribue à Eve, ou contredits par les faits. Je tais notamment ('équation femme = sexe et luxure. La terre est couverte de bordels pour le seul plaisir des hommes (qui n'épargnent même pas les enfants), la polygamie est encore en vigueur dans de nombreux pays, et ce cliché mensonger fait encore flores dans les églises, les temples et les mosquées. II est bien pratique en effet !

http://laicite-aujourdhui.fr/IMG/jpg/geishas2.jpgL'idée de ce livre m'est ensuite venue de deux expériences. A 22 ans, alors que j'étudiais le Yoga a Londres, j'étais entrée dans une communauté bouddhiste « the Friends of the Western Buddhist Order » (FWBO). Ce groupe dirigé par un moine du nom de Sangharakshita, achetait des maisons délabrées et les remettait en état pour y installer des communautés, féminines ou masculines. Lors des chantiers, les hommes et les femmes partageaient les travaux manuels, mais a l'heure de la pause, les femmes redevenaient, comme par magie, des cuisinières censées apporter leur repas aux hommes et faire leur vaisselle... le soir venu, elles étaient écartées des rituels et de la méditation, sous prétexte que cela aurait troublé la concentration des hommes, en y mêlant un facteur sexuel.

Je tombais des nues : ainsi les hommes se considéraient comme neutres par rapport à nous. Ainsi nous n'avions pas de sexe quand il était question de service, mais nous en avions un, face a l'enseignement et à toutes les cérémonies auxquelles nous aurions tant aimé participer. II ne nous restait plus qu'à improviser notre pratique sur le chantier, en dehors de la salle consacrée ! La moutarde m'étant montée au nez, je demandais un RV à Sangharakshita lui-même. C'était un homosexuel affiché dont on connaissait toujours l'ami en date, ce qui ne me gênait pas. Ses jeunes disciples avaient eu le choix, pas nous. La loi tombée du ciel nous écrasait. . Sangharakshita m'écouta avec une certaine patience, mais ne fit rien pour corriger ce qu'il considérait comme sans gravité aucune. II se contenta de déclarer : « Nous aurons besoin de femmes comme vous dans quelques années. » II voulait dire « de femmes capables de réfléchir », je suppose, car mes diplômes étaient supérieurs a ceux des hommes qui m'avaient repoussée comme un objet sexuel dérangeant.

Autrement dit : « Patience. Laissez à ces pauvres hommes le temps de s'habituer !

 

Infos Yoga 70 - Janvier/fevrier 2009

 

Par Yog' La Vie - Publié dans : Réflexion - Communauté : Communauté des Consciences
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