Introduction
L’idée de poursuivre une école de yoga est partie de quelques circonstances « hasardeuses ». J’ai entrepris cette aventure il y a deux ans, au début par simple curiosité en m’inscrivant au cours de yoga de ma ville. Avant cela, cette discipline s’apparentait pour moi à de la gymnastique douce qui procurait de la détente et qui réservée à des personnes peu sportives. L’expérience sur le tapis m’a laissé entrevoir qu’il en était tout autrement et que ce que j’en retirais était de l’ordre de la profondeur liant sentiments de paix et de bien-être. Assurément, si une démarche spirituelle cheminait depuis quelques années, le yoga est venu naturellement s’y intégrer. Au bout de quelques mois de pratique à raison de quatre séances par semaine, ma professeure de yoga m’a proposé de venir une semaine avec elle pour aller écouter le Dalaï Lama. De là s’est ensuivi sa proposition pour que je devienne enseignante à mon tour.
J’ai alors découvert un lieu magnifique et rencontré des personnes partageant des sensibilités proches des miennes. Cependant, à ce jour, je ne considère pas que l’Ecole de Yoga ait opéré des bouleversements dans ma vie mais plutôt qu’elle a été un lieu me donnant l’occasion de stimuler mon désir d’en savoir toujours plus sur cette discipline.
Si ce bilan peut sembler par endroits quelque peu généraliste, je précise que cette première année d’école a été pour moi l’aperçut d’une discipline aux multiples facettes riches et exigeantes et qu’à ce jour il me manque le recul nécessaire pour qu’une analyse suffisamment approfondie en découle.
I) Les connaissances pédagogiques
a) Les différents yogas pratiqués à l’Ecole Française de Yoga de Lille
Rentrer à L’EFY, c’est avoir la possibilité de rencontrer des formateurs de trois lignées, puis d’effectuer un choix. Les différentes approches sur la manière d’aborder les postures et de respirer furent pour moi une découverte. Je savais que pratiquer un sport et bien respirer étaient bénéfiques pour le corps mais ici, les différentes techniques m’ont laissé entrevoir ce qu’elles pouvaient apportées de profitable au niveau non seulement du physique mais également du psychisme.
Le yoga de l'énergie
Cette lignée introduit dans la posture la circulation de l'énergie à l'aide de respirations, visualisations, concentrations, …En réalisant des exercices progressifs tels que les mouvements préliminaires, on déplace sa pensée en inspirant dans le mouvement ascendant et en expirant dans le mouvement descendant. Cela évite la dispersion du mental et la prise de conscience de toute les parties du corps visitées qu’elles soient externes ou internes. J’avoue que, malgré la personnalité chaleureuse de Bruna, du fait de ma naturelle dispersion, pour l’instant c’est la forme de yoga qui m’attire le moins. J’en déduis aussi que c’est celle dont j’aurais le plus besoin !
Le yoga de Durkheim
Dans cette lignée, j’apprécie l’aspect intériorité. Ici, c’est l’impression que l’on se donne davantage le droit à la lenteur sans objectif de résultat et de performance. Cependant, je sais que l'engagement dans cette discipline demande des efforts, que l'obstacle majeur est la paresse ou la dispersion, que l'assise demande de ne pas bouger, ne pas bailler tout en étant très éveillé. Catherine nous invite souvent à donner une intention à sa pratique avant de commencer, sur ce que l’on veut changer, nettoyer en nous. Durckheim insiste sur l’expiration qui est un lâcher-prise, un abandon. Il est bon de rappeler que le but de la pratique c’est avant tout mettre en pratique son quotidien.
Le yoga de Nil Hahoutoff
Le stage avec Laura m’a donné à identifier que ma préférence allait vers cette lignée. En effet, j’aime le travail physique et le côté plus sportif de cette approche du yoga qui est davantage orientée sur la pratique posturale. Ce qui n’est pas à confondre avec de la gymnastique puisque malgré tout, selon les postures qui doivent restées précises, il faut être conscient de sa respiration tout en observant les muscles qui travaillent, les points d’ancrage et les sensations. Cette observation vise à adapter sa posture en fonction de nos limites physiques et psychologique.
Si pour l’instant, je suis attirée par la lignée Nil Haoutoff, j’attends avant de me décider, d’effectuer les stages dans les autres lignées pour mieux déterminer mon choix.
b) Anatomie et physiologie
N’ayant pas d’emblée d’attirance pour ces disciplines, je reconnais qu’il est primordial en tant qu’enseignant de connaître la manière dont fonctionne le corps humain. Par exemple, bien connaître la colonne vertébrale est un savoir essentiel pour éviter les postures dangereuses. Les cours d’anatomie permettent de comprendre de façon exacte la mécanique des postures afin d’approfondir le ressenti durant la pratique, de mieux identifier les différences morphologiques et prévenir les accidents, de sentir de l’intérieur les effets des postures sur les différents systèmes et de pouvoir au besoin individualiser l’enseignement.
Les cours sur le système nerveux est plutôt à voir comme un approfondissement de sa culture générale. Il est cependant fascinant de comprendre ce qui coordonne les mouvements musculaires, ce qui contrôle le fonctionnement des organes et véhicule les informations sensorielles et motrices. C’est un moyen de réaliser que le mental et le corps vont de paire et que toutes nos impressions et expériences laissent des empruntes dans le corps dont il faut comprendre l’origine. Mais s’il est essentiel de reconnaître les émotions dans le physique, il faut savoir qu’il est possible aussi de modifier son psychisme à partir du travail sur le corps, travail qui peut s’effectuer à travers les différentes postures et techniques respiratoires du yoga.
c) Historique et symbolique
N’ayant aucune connaissance sur les fondements du yoga, il n’a pas été simple, dès le premier weekend de suivre les conférences de Gisèle. Par la suite, une familiarité avec l’histoire du yoga me laisse percevoir aujourd’hui la richesse des propos, les liens que je retrouve dans ma pratique sur le tapis et dans ma vie quotidienne.
Du védisme à l’indouisme ou les fondements du yoga
Le védisme, ancienne religion à l'origine de l'hindouisme actuel, est fondé sur les quatre Véda, livres sacrés dont le nom qui signifie «savoir» en sanskrit. Postérieurement aux textes védiques, on trouve deux grandes épopées en vers dont le Mahabharata qui inclut la Bhagavad-Gîtâ. Tous ces textes révélés ont maintenu des traditions transmises oralement depuis des générations. La Bhagavad-Gitâ est un magnifique texte classique sanskrit qui développe les enseignements pratiques et mystiques du yoga. Le texte nous montre comment nous pouvons vivre le yoga à chaque instant de la vie quotidienne. Peut-être commettons-nous des actions parfois immorales, mais celles-ci se révèlent beaucoup plus bénéfiques pour conserver le Dharma qui représente l’ordre cosmique. Par ailleurs il faut agir en se détachant de ses actes et de leurs résultats.
Ce texte exprimait déjà ce qui disent les maîtres et philosophes contemporains sur le moment présent et les lignes à suivre pour être toujours au plus juste dans chaque situation.
Prâna, le souffle
Le grand principe de la pensée indienne est que tout ce qui se passe dans l'homme a son homologue dans le cosmos. Tout comme il y a une respiration humaine, il y a une respiration cosmique. Tout comme il y a des rythmes humains, il y a des rythmes cosmiques, l'ambition du yoga étant de les harmoniser.
Les notions concernant le souffle restent encore floues et je préfère ne pas les aborder pour l’instant.
Les Yoga Sutras de Patanjali
Dans les dix règles de vie de Patanjali on distingue les Yama et Nyama. Les Yama sont des observances morales envers les autres. Les Niyama sont des observances ou règles de vie par rapport à soi-même. Même si je trouve important de les relire de temps à autre pour me les rappeler, je perçois ces règles non pas comme une leçon à savoir par cœur mais comme un cheminement continu menant vers l’apaisement. En effet, il ne sert à rien de vouloir être « quelqu’un de bien » si le mental est comme « un singe sautant de branche en branche ». Je sais bien que les pensées sont autant de ruminations que d’anticipations joyeuses ou tristes et qu’il est très difficile d’être complètement neutre et présent ne serait-ce que quelques secondes. Alors, pour libérer le mental des passions, des désirs ou des penchants égoïstes, la voie est celle de la vigilance à tout instant. Cette attention que j’expérimente plus profondément sur mon tapis de yoga me permet ensuite d’être plus présente dans mon quotidien. Finalement, les relectures de messages et les applications réalisées s’unissent les unes et les autres mesurant ainsi le chemin parcouru.
II) Connaissance de soi
a) Les temps de paroles et d’expression de soi
Connaissance de soi selon Durkheim
Avant les séances avec Catherine, chacun donne son impression sur son vécu d'être ici, sur ce qu'apporte le yoga. La parole proposée à tous dans le moment présent permet de mettre des mots sur ses ressentis, ses fragilités ou ses joies. C’est un endroit où l’on se sent écouté, respecté, où l’on se nourrit de la parole de l’autre. Ceci fait réaliser que malgré nos différences, chacun est lié par les mêmes doutes et recherche un même but avec des chemins plus ou moins différents mais toujours jalonnés de difficultés. Ces mots posés avant la séance et à tout moment du quotidien donnent à vivre l'instant tel qu'il est et non pas tel qu’on le voudrait apportant ainsi une plus grande lucidité.
Connaissance de soi avec la gestalt thérapie
La Gestalt-thérapie dépasse la pathologie pour viser la connaissance de soi. Cette journée passée avec Eva a permis de regarder ce qui pouvait nous encombrer et dont nous n’étions pas forcément conscients. Il faut savoir que l’on se construit avec l’autre et que chacun d’entre nous possède des milliers de facettes. Selon les circonstances, l’environnement, les personnes, les ambiances, nous sommes en perpétuel ajustement. Depuis que nous sommes au monde nous avons vécu ou subit des tas d’ambiances, par les valeurs familiales, la société. Nous avons pu vivre certaines facettes de nous alors que d’autres, afin de se protéger, ont dû être mises en arrière plan. A travers des exercices, Eva nous a demandé d’être conscient corporellement. Quand une émotion apparaissait -ventre noué, transpiration, tremblement, respiration plus rapide-, la repérer au lieu de la fuir pour ensuite pouvoir la traiter. Une manière d’explorer notre intériorité a été de répondre à mainte reprise à la question « Qui es-tu ? ». Nous répondons d’abord : « Je suis : nom, profession, femme, j’aime ceci,… ». Au fur et à mesure de ce « Qui es-tu ? » répété, les couches d’étiquettes et d’illusions s’en vont. Il n’est pas évident de quitter sa zone de confort dans laquelle est installé notre soi-disant identité. C’est un exercice, à mon sens, qui rend plus humble.
Connaissance de soi pendant le stage
Le stage a été un moment riche de l’année qui m’a apporté des éléments nouveaux malgré l’approche que j’avais eue précédemment de la Gestalt-thérapie, plus anciennement de ma formation en médiation/communication et de mes années d’atelier théâtre. Les jeux proposés par Claude m’ont donné l’occasion de comprendre encore plus le « qu’est-ce que ça me fait » tout en étant attentionné à ce que vivait l’autre. En tant que futur enseignante, c’est un axe sur lequel je vais devoir travailler pour être à l’écoute de mes ressentis en étant ouverte à l’autre tout en sachant me respecter. Savoir dire OUI ou NON, dans l’instant demande un apprentissage des perceptions qui est fondamental pour de bonnes relations à soi et à l’autre. Le stage a permis d’être également en relation avec son corps et le corps de l’autre à travers la danse, le toucher et ensuite les mots mis sur les sensations que ces expériences provoquaient en nous. Diminuer les espaces entre son corps, son mental, ses émotions et ceux de l’autre est le moyen d’entrer en harmonie, de trouver cette union que propose le yoga. La présence à soi permet de savoir ce qui se passe dans la relation, car la construction de soi passe par la relation à l’autre. J’apprends de moi à chaque fois qu’une émotion remonte, que je suis consciente et que je peux mettre des mots dessus. La réponse apportée permet de « nettoyer » ce qui faisait barrage. Il est intéressant de comprendre comment sont vécus mes échecs pour me donner ensuite le droit d’échouer, de mener ou d’être mené, de trouver mes limites entre risque et sécurité. La conscience de ma valeur me fait savoir que je ne pourrai jamais plaire à tout le monde car les besoins de chacun sont différents. Etre conscient, c’est comprendre que ce qui me déçoit chez l'autre, ce n'est pas ce qu'il est mais le fait qu'il ne corresponde pas à l'idée que je me fais de lui quant aux normes qui me sont établies. C’est donc une attention permanente à mes propres projections, c’est m’ajuster, accepter mes erreurs, mes vulnérabilités, prendre mon temps pour écouter l’autre jusqu’au bout, me faire confiance. Un autre moyen d’arriver à cette connaissance est la pratique de la méditation.
b) La méditation
La méditation n’est pas encore pour moi une pratique régulière même si lorsqu’elle est réalisée, les effets s’en ressentent dans l’immédiat par le calme qu’elle procure. J’exerce davantage l’attention dans le quotidien à travers l’introspection et la relation aux autres. J’ai retenu quelques phrases d’Anne-Marie : La méditation tient à cultiver les trois H: Humanité, Humilité, Humour. En effet notre pratique du yoga devrait perpétuellement nous orienter vers ces trois points. Découvrir notre humanité avec ce qu’elle comprend de faiblesses pour ensuite déployer notre générosité sans en attendre de récompense ou de flatterie. Aussi, rester humble c’est comprendre que nos connaissances ne seront jamais terminées et ne pas faire un bagage, une identité, de tout ce qui renforce l’ego. Rire de soi, c’est l’autocritique et la faculté de pouvoir être honnête envers soi-même en vue de se changer. Tout est toujours à parfaire telle la flamme d’une bougie représentant notre mental, qui vacille mais toujours s'élève.
c) Les conférences, les échanges entre les élèves et la place de la lecture
Les connaissances à travers les conférences, les discussions entre élèves et la lecture sont également des moyens d’approfondir les connaissances de soi. Dans ce qui est dit ou lu, je peux me retrouver et mettre des mots sur des ressentis non exprimés ou bien découvrir et expérimenter de nouveaux horizons. Ici, je retrouve bien l’idée du yoga qui est de compléter et d’unir toutes les parties de l’être. Dans l’ensemble, les conférences, à part celles de Giselle, ne m’ont pas apportées de grandes surprises. Les pauses et les repas ont été l’occasion de s’enrichir quand aux expériences des anciens élèves, ceux qui enseignent déjà, les méthodes qu’ils utilisent Par contre, les différentes lectures effectuées durant cette année m’ont fournie une multitude d’enseignements sur le yoga. Il est bien évident que seule la pratique resterait insuffisante. Les Revues Françaises du Yoga sont de précieux trésors. Chaque thème et postures sont décrits par différents auteurs qui permettent d’avoir des vues très différentes et complémentaires au point de vue pédagogique, pratique, culturel et symbolique. Les carnets du yoga sont également riches et vivants de leur actualité. Les conférences données par Giselle m’ont amené à lire le Mahâbhârata et à m’intéresser à tout ce qui touche aux différents courants spirituels.
Conclusion
Bien sur, une école quelle qu’elle soit apportera davantage que l’étude seul chez soi avec livres, vidéos ou téléconférences. Parce que dans les écoles on y rencontre des personnalités multiples, des enseignants et enseignements très différents et complémentaires. Cette année aura été riche en échanges et en découvertes. De ce fait, peu à peu une culture générale du yoga s’inscrit en moi, m’accompagne et me fait évoluer dans ma pratique. Certes, la rigueur que demande cette discipline et qui me fait parfois défaut est vite corrigée à l’idée des examens en fin de parcours ! Humour mis à part, j’ai commencé à donné des cours bénévolement qui me font réaliser que cette Connaissance en est à ses prémices. Je découvre ce qui me manque en termes d’explications quand mes « élèves » posent des questions. J’en suis au stade de penser savoir mais de ne pas être suffisamment aguerrie pour dispenser ce savoir et l’exprimer avec fluidité.
Ainsi, ce bilan expose une évolution peu originale puisque cette année a été une année de découverte. Je me laisse donc le temps d’intégrer les différentes connaissances et expériences en ne doutant pas que la deuxième année réservera ses surprises et qu’il en résultera une analyse plus affinée sur le plan personnel.
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Vue du grenier

































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